Six mois après son lancement, la boutique d'applications de ChatGPT est un échec par manque d'adoption. Décryptage clair d'une ...
Souvenez-vous, on nous avait vendu le "moment App Store" de l'intelligence artificielle. C'était lors du DevDay d'octobre dernier. Sam Altman, sur scène, promettait une « nouvelle génération d'applications interactives, adaptatives et personnalisées ». L'idée ? Transformer ChatGPT en un OS global, un carrefour par lequel tout transiterait. Acheter un billet d'avion, réserver un Airbnb, trier vos playlists Spotify, générer des maquettes Figma... Tout devait se passer au sein du chatbot.
Sauf que voilà. Six mois plus tard, la réalité frappe violemment à la porte de la Silicon Valley. Et Bloomberg vient de planter le dernier clou dans le cercueil de l'illusion : le App Directory de ChatGPT peine sérieusement à convaincre.
Airbnb et Spotify plient bagage
Le principal point de friction n'est ni technique, ni financier. Il est purement stratégique.
Pourquoi diable une entreprise comme Airbnb accepterait-elle de devenir un simple fournisseur de flux d'informations (une API invisible) caché derrière la fenêtre de chat d'OpenAI ? Brian Chesky, le patron d'Airbnb, a été limpide à ce sujet. Selon lui, les outils de connexion n'étaient « pas au point ». Il exige une interface « presque autonome » pour gérer sa (lourde) communauté de clients vérifiés.
Traduction en langage civil : "Pas question de céder notre interface, notre relation client, et encore moins nos paiements directs, à une IA qui agit comme un intermédiaire glouton".
Conséquence directe : l'une des fonctionnalités phares promises (le "Achat Instantané", censé permettre de checker son panier chez n'importe quel e-commerçant sans quitter ChatGPT) a été rétrogradée face à la faible adoption. Pour OpenAI, l'ambition de départ était de maximiser le nombre de partenaires (plus de 300 à ce jour). Un choix du "tout-venant" qui se solde par des expériences bâclées qui, avouons-le, font plus penser à du bon vieux marketing d'affiliation brouillon qu'à du turfu.
Une ambition « tout-en-un » rattrapée par des partenaires réticents. (Image / Saidapartage)
Les dévs au bord de la crise de nerfs
Et si ce n'était que les multinationales qui boudaient... Du côté des petits créateurs et des startups, c'est la douche froide. L'enfer des développeurs sur le store d'OpenAI ressemble à la pire administration des années 90 :
Des outils de développement jugés instables et une visibilité quasi nulle. (Image / Saidapartage)
- Des délais d'approbation complètement aléatoires et opaques.
- Le SDK Apps (l'outil de création) est farci de bugs et toujours planqué sous une étiquette "Bêta", sans aucune garantie de stabilité.
- De gros problèmes de "découvrabilité". Votre intégration géniale peut être approuvée, mais il y a de fortes chances qu'elle reste invisible à tout jamais dans les fins fonds non classés du répertoire.
Ce dysfonctionnement est gravissime. Comme le révèle The Information, OpenAI peine à trouver comment "mettre en avant" efficacement des plugins dans un fil de conversation humain. On veut pouvoir discuter, pas se prendre des suggestions de pubs intrusives déguisées en conseils intelligents.
Bis repetita pour Sam Altman ?
Il faut dire que l'histoire a tendance à bégayer. En janvier 2024, rappelez-vous du lancement du "GPT Store" (celui des bots personnalisés). Un hype monstrueux la première semaine, avant de finir en cimetière. La journaliste de Bloomberg, Natalie Lung, qualifie d'ailleurs l'expérience actuelle de ces applications intégrées de « décevante et parfois frustrante ».
Et pendant ce temps, l'horloge tourne. D'après un rapport d'Apptopia, la part des internautes US quotidiens utilisant ChatGPT a plongé de plus de 20 points (passant de 69,1% à 45,3%) en un an. C'est massif.
Bref, vouloir être le "nouvel iPhone" ne s'improvise pas avec quelques SDK au stade de brouillon. OpenAI croyait pouvoir monopoliser l'usage d'internet, mais l'écosystème freine des quatre fers. On reste sur le dossier et on surveille ça de près, mais ça sent franchement le sapin pour leur vision "d'application ultime". Et vous, vous utilisez réellement une de ces 300 apps intégrées à ChatGPT aujourd'hui ?
Julian
Le web va vite. Moi aussi. Chaque article ici est là pour une raison : t'aider à mieux utiliser le numérique, trouver les bons outils et ne jamais rater ce qui change vraiment la donne


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